Extrait de La Maîtresse des Cerfs-volants, Ronce Noire, 2003

Je fixais la prise de courant à l’angle du lit.

Il était mort. Il me plaisait de le croire. Même si je ne devais plus le revoir se lever et bouger, je restais amoureuse de ses doigts nerveux et longs qui m’avaient travaillée la veille dans l’après-midi et une bonne partie de la nuit.

Je fais un élevage de cerfs-volants que je fais naître dans mes serres. C’est une culture délicate et très coûteuse, dévoreuse d’argent et d’énergie. Il faut trouver de bons fabricants, les convier dans mon domaine, les dédommager des bénéfices qu’ils vont perdre en se consacrant, pendant cinq mois au moins, à la fabrication d’un seul cerf-volant, le mien…

Mon cerf-volant doit être un animal, un être vivant à part entière. Pas question qu’il arrive chez moi déjà confectionné, comme un vulgaire objet. Il doit éclore sous mes yeux.

Je le veux créature qui naisse.

Avant ce moment, c’est le fabricant lui-même qui est la créature vivante, prisonnière dans ma serre, qui va accoucher du magnifique objet volant.