Librement inspiré de « Subversion du sujet et dialectique du désir »  de Jacques Lacan, paru dans  BIL BO K International, n°1 SUBVERSION, mai 2010

La subversion dans cette très véridique fable colle parfaitement à son étymologie: renverser. Démontée jusqu’à son ressort secret elle surgit, et peut-être au moment où on s’y attend le moins, dans son processus de renversement radical. Et, ce n’est là paradoxe qu’en apparence, elle apparaît précisément à l’exact opposé de ce qui, d’elle, se croit habituellement. Plongeant au cœur de la psyché, étant même ce qui la fonde, cette subversion saisie peut servir de grille de lecture pour toute subversion.

Immergée, la nageuse se fondait à l’eau. Eau et nageuse ne faisaient qu’une. Leurs mouvements, si parfaitement coordonnés puisqu’il n’y avait pas de corps distinct mais une ouverture d’être par où eau et nageuse se confondaient, donnaient la félicité complète. Dans une immense grotte sous-marine, plus vaste que le plus grand des océans. Une félicité à durer jusqu’à la fin des temps… Mais un jour une forte tempête survint qui se mit à les secouer, ça commençait à se séparer. La nageuse se déchirait des éléments et elle fut sens dessus dessous. Son crâne plongea dans la grotte sous-marine percée d’une ouverture tout au fond. Quand le crâne fut bien au fond, il fut saisi de spasmes en abordant la percée du tunnel. Elle, déjà, elle avait cessé de nager… Ma mère, d’elle, m’a expulsée. La nageuse, ça avait été moi avant moi. Quand j’étais uniformément unie à l’eau. Ça qui jamais ne s’oublierait, même si après la chute hors de l’eau, j’en arriverais à l’oublier… Je suis venue au monde. Alors, je n’ai pu faire que ça, c’est la première chose que j’ai faite, crier. L’air entrant soudain dans mes poumons me faisait tellement mal. Cet air qui partout dans ma poitrine me signifiait: tu n’es plus la symbiose de la sphère primitive. Sphère merveilleuse où par toi-même tu n’étais pas. Unité prodigue parce que ne faisant qu’une avec ce néant. Du néant tu n’es plus, maintenant tu vis…
Je gardais pourtant encore cette couleur de néant en moi: je ne parlais pas. J’avais l’impression que ma mère c’était le monde et qu’elle et moi ne faisions qu’une. Autant dire que la vie et moi étions unies. Sans mémoire, sans passé ni futur, je ne vivais que dans l’instant pur des choses. Instant pur, c’était moi. Je n’étais rien d’autre que ça. Mais le poison s’était déjà infiltré au-dedans. Ne m’était-il pas tombé dessus avant même ma naissance? Le poison du langage. On m’avait choisi un prénom, je recevais mon nom. Je faisais irruption dans un univers où le langage avait tissé partout ses innombrables toiles. Et ma mère, en même temps, voyait-elle comment je me ressentais? Les signaux qu’elle me renvoyait pour répondre à mon petit être que je lui signifiais, correspondaient-ils toujours à ce que j’étais? Si cela ne correspondait pas, s’écornait pour moi la sphère symbiotique, primitive. L’unité avec le néant. Ne faire qu’un, d’où se tire la force.
Toute ma vie j’allais garder la nostalgie de ce qui n’avait jamais existé. Ce lieu que je voudrais habiter à jamais, où je ne faisais qu’une avec moi-même, de n’être pas séparée des choses. Ce lieu qui fait la vie se ressentir dans sa pureté brutale, sans mots, sans images. Être seulement plongée dedans, elle et moi la même chose. Quand il n’y a rien à rechercher, atteindre, ni avant ni après. Quand tout est là, donné, dans un mouvement abrupt ne disant rien d’autre que ça: tu es en vie parce que tu es en vie et la seule cause de ton existence est ta vie. Légitimation suprême qui n’a pas de cause extérieure à elle-même. Quand la cause et ma chair ne font qu’une. Comme avant de naître, l’univers et la nageuse ne faisaient qu’un. Quand mon être et le néant c’était la même chose… Je me dis sans me le dire: la vie c’est ça, je la suis… Cet état improbable et qui pourtant est la seule chose valable qu’en ce monde recherchent les humains parce qu’elle est pour chacun le goût propre de leur vie. Ce que Jacques Lacan appelle la Jouissance. Le sens de la vie s’entend.

Impossible. Elle est l’attachement brut, la plongée radicale dans l’indissoluble mélange. Le monde a le langage. Le langage est une lame. Il coupe de tout. Bien sûr c’est le langage qui me permet, par sa médiation, de ne pas tuer les autres et de ne pas me faire tuer par eux, ce qui se produirait dans l’état naturel puisque humains, nous sommes des bêtes féroces. Bien sûr c’est le langage qui me donne aussi cette merveilleuse illusion de boire le lait maternel. Lait que j’aimais parce qu’il était le souvenir, dans la grotte sous-marine, de mon tissage avec l’eau. Liquides transformés en mots qui me roulent dans la gorge et dans le trou des oreilles.

Le langage est une lame qui introduit la mort.
Puisque je peux nommer une chose absente, moi-même aussi on pourra me nommer quand je serai morte. Et morte, je le serai très longtemps, indéfiniment. On peut me nommer, même vivante, je suis morte par ce nom. S’il n’y avait pas les mots, les noms, qui se souviendrait, qui pourrait dire les morts? La mort ne serait pas, comme elle ne l’est pas pour les animaux, les mers, les montagnes, les plantes et les très jeunes enfants. Tout ce qui ne parle pas. Bien sûr c’est le langage qui me permet d’écrire cette fable qui est la vérité même… Mais pour cela, se paye le prix fort. Le contact d’immédiateté est rompu. Impossible, la Jouissance. Le sens de la vie, loin de moi, loin de vous le sens de la vie, humains bêtes féroces transformées en animaux parlants. Je ne te retrouverai dans ma vie qu’à de brefs moments. Créée par l’artifice: quand la parole authentique fait communiquer d’être à être; quand l’expression sans médiation de la chair fait communiquer pareillement. Parole authentique, chair, c’est la même chose. L’individu meurt, les contours se diluent et se fondent. J’appelle la passion.

Mais je ne suis plus dans la bulle symbiotique où le néant, moi ne faisions qu’un. Vivante, je dois aller et venir, poursuivre. Tenir, si possible, le plus longtemps. Ne pas rester trop profusément dans la Jouissance où la vie me délivre son sens par éclats de passion. Parce que, si elle perdure trop longtemps, je vais fatalement me dissoudre dans l’attache absolue, amalgame complet des choses, des êtres. En un mot la vraie vie. Qui de sa nature propre me tuerait. Merveilleuse dissolution… Si j’éprouvais que je suis, qui je suis vraiment en tant que vivante, tenir le sens de sa vie entre des mains invisibles, aussitôt je serais morte. Alors pour durer, je fais tout pour ne pas éprouver cela, pour ne pas jouir c’est-à-dire pour ne pas savoir que je suis. Et je réfléchis, je pense, je désire, je projette… Pourtant c’est là où je ne pense pas que je suis véritablement vivante, fusion de la nageuse qui en garde la trace par ce quelque chose en elle qui jamais ne pourra se dire ni s’imager. Qui est la seule chose en moi qui me fait être vivante et aimer, ma Cause. Mais qui, si je la savais, me ferait mourir. C’est tout à fait tragique, le sens de ma vie me ferait mourir… Car le sens de la vie c’est être dilué dedans, mourir.
À cette impossibilité de la Jouissance par le langage, se conjugue la barrière du plaisir. Le plaisir, cet état très doux où les choses m’atteignent avec légèreté, où par rapport au monde et à moi-même je ne suis dans un état ni de frontalité blessante ni de mélange où je me diluerais. Je parle et je veux poursuivre…
Poursuivre ce qui commença à ce moment fatidique. Où la nageuse, entraînée entre des parois convulsives, fut rejetée du maternel vagin. Nageuse expulsée des eaux, elle devint un corps individué, moi. Tandis que dans la disparition des eaux, ma mère apparaissait. Corps individué auquel, malgré tout encore je me fondais mais sans plus m’y fondre vraiment. Envers moi incapable de subvenir aux besoins indispensables que la vie nécessite, elle veillait constamment et y pourvoyait. Ses gestes, regards, sa voix, le contact de sa peau jusqu’à ses moindres caresses, me portaient en même temps des marques d’amour. Ces marques dessinaient en moi leurs implacables empreintes. En creux, j’en étais toute imprégnée. Et comme l’eau s’écoulant creuse le lit d’une rivière, elles creusaient en moi le lit de l’amour. Ce lit d’amour se mit dès lors à réclamer l’écoulement de l’amour. Une demande absolue et fatale. Maintenant je criais d’amour… D’elle, se creusait en moi une faim dévorante. Qui fatalement faisait d’elle l’être tout-puissant à mes yeux d’infante incapable sans elle de me débrouiller. Oui, elle devait être cet Autre absolu, qui détiendrait la clé du Trésor: colmater les brèches ouvertes du simple fait de ma naissance qui me laissait si dépourvue en ce monde. Mais, aussi bonne et aimante fût-elle, vu qu’elle aussi était humaine, donc forcément démunie, vulnérable, limitée et mortelle, comment aurait-elle pu me satisfaire entièrement, m’apaiser et me réconforter de façon absolue? Aucun humain ne le peut… C’est pourquoi dès les premiers mois de ma vie, ma sensibilité infaillible des petits enfants se savait prise dans l’alpha de la Tragédie, productrice de tous les maux: l’Autre absolu, au-delà de l’humain de pouvoir apporter la satisfaction universelle que réclame notre être par nature indigent et malheureux, n’existe pas. Et j’étais prise en tenaille entre deux fatalités qui me coinçaient entre elles jusqu’à l’angoisse. La première fatalité me faisait ressentir ma mère comme toute-puissante, dévorante, prête à me happer si quelque chose n’y mettait frein… Alors qu’en même temps, je ne pouvais que me heurter à l’autre fatalité, cette divinité qui me comblerait totalement n’existait pas. D’où mon angoisse terrifiante. Je pleurais souvent, comme les très jeunes enfants, anciens nageurs arrachés des eaux. Ces pleurs, expression acharnée de mon angoisse produite par deux données contradictoires, ont continué à creuser le lit d’une rivière bien étrange. Rivière qui ne pouvait s’écouler que de façon retorse, dont les eaux se retournaient sur elles-mêmes, mues par la fatale et première contradiction.

Là en effet s’est produit quelque chose d’inouï. L’inexistence de cette mère à laquelle je me serais fondue dans un amour exclusif et total, mais qui justement en tant que telle n’existe pas (impossibilité de l’entière Jouissance, ne faire qu’une avec l’instant pur, se fondre à la vie totalement alors qu’on ne se fond que dans la mort…), m’a fait m’orienter et chercher à m’attacher à d’autres choses qu’elle. J’ai dû m’attacher, m’élancer mais un peu parcellisée en moi, à des objets de remplacement. Ainsi, dans le lit creusé, est venu s’écouler le désir. Le désir est contradictoire. Il est à la fois l’acceptation que nulle réponse définitive ne sera jamais apportée à la demande d’amour (est-on sûr que l’autre aimé nous aime à chaque seconde?) et malgré cela, l’élan qui fait nous tendre vers des pôles attractifs, capables de colmater, d’adoucir la faim dévorante de l’excessive demande d’amour. Le désir a calmé mon angoisse en m’apportant des attracteurs. Qui, suscitant mon intérêt, m’ont détournée de la fascination inassouvissable envers l’Autre tout-puissant. Pour moi fut d’abord une peluche brune, pour vous je ne sais pas…
C’est donc par le désir qu’est née ce que l’on tient pour la primitive loi, l’interdit de la fusion avec la mère. Mais loi qui ici révèle sa nature véritable: si la mère est interdite c’est qu’elle est, en tant que toute-puissante et océan indéfini auquel se fondre, IMPOSSIBLE. L’impossibilité est première. L’impossible de l’amour absolu, de la fusion intégrale à la mère c’est-à-dire à la vie (nageuse fondue dans l’eau) donc l’impossible de la Jouissance, pressée par l’angoisse, a créé cet oxygène: le désir. Du désir est née la Loi, indissolublement intriqués l’un à l’autre. Puisque le désir c’est aller vers autre chose que la Mère, et puisque ne pas se fondre à la Mère est la Loi. Loi et désir c’est la même chose. Si le bonheur en ce monde est impossible, ce n’est pas comme le croient les imbéciles à cause d’une mauvaise organisation sociale. Mais parce que nous sommes vivants, individués et parlants… C’est-à-dire d’emblée soumis à la Coupure. Coupure d’avec la Fusion et la Jouissance. Mais Coupure naturelle, de fait. Sur laquelle, simplement, par le désir vient s’apposer la Loi. En cette rivière paradoxale faite de courants contradictoires se retournant sur eux-mêmes, je me suis heurtée, quand j’ai commencé à bien parler, au ressort premier, au mécanisme secret de la subversion. Quelque chose qui ne se forme qu’en luttant contre son pôle contradictoire, celui-ci se fortifiant à mesure qu’il est combattu. Car y a-t-il quelque chose de plus contradictoire que cela, le désir qui naît précisément en formant l’interdiction? Par où mon petit être, de nageuse qu’il avait été, est devenu un être parlant et désirant. Processus surgi dans le mental à soi-même inconnu. Processus modèle de toute subversion…
Dès lors, au plus profond de moi je me ressentais coupable, de fait. Ne cessant de penser aux prisons, dans l’angoisse d’y être à mon tour enfermée, il fallait donc bien que, de quelque chose, je fusse coupable. De quel manquement essentiel j’étais donc passible? J’avais toujours envie de crier. Mais je ne criais plus, parce que je sentais bien qu’aucun cri n’eût été assez fort pour exprimer la vie en moi qui, pulsante, cherchait à se dire dans toute sa nudité. Crue et nue. Coupable de ça: ne pas porter jusqu’à son point d’absolu l’appel énigmatique de la Jouissance, sens de la vie qui nous échappe à jamais. Ne pouvant pas en ce monde s’éprouver totalement, ne pouvant pas toute se dire, ne pouvant se ressentir que par à-coups, par éclats et intermittences, entre les lignes (elle est inter-dite), et comme l’Autre absolu (l’entité qui détiendrait vraiment toutes les capacités) n’existe pas, c’est moi qui suis… c’est toi qui es… c’est tout un chacun qui est… responsable d’elle. Le sens de la vie pour chacun, le faire advenir, le ressentir, et le déployer. Coupable de sa non-totale assomption. De cette culpabilité princeps, certains ont fait le péché originel et Freud, plus lucide, le « complexe de castration ». Il l’a appelé tel à cause du phallus que l’on peut couper, symbole de la punition. Mais si l’on a bien entendu cette fable, et donc vu que la culpabilité vaut aussi pour les femmes en quoi elles aussi ont la soif d’amour éperdue et l’impossibilité de dire la Jouissance, l’on aura saisi qu’elles aussi, d’amour total et de Jouissance entièrement dite, sont séparées, coupables et donc castrées. Où l’explosion entière de la Jouissance s’est subvertie en Loi. Loi fondée par le Désir, sorte de règle artificielle apposée sur une impossibilité. Et par ce détour, j’ai découvert sur le chemin que mon père existait. À mes yeux, il a été celui qui m’a séparée de mon besoin de retour à la bulle primitive où la nageuse-moi et la mer-mère ne faisions qu’une. En venant s’interposer entre nous. En quoi il me l’a interdite (inter-dite, se retrouvant encore malgré tout dans les entre-dits, entre les lignes, par intermittences et par éclats). Ainsi il devint le porteur de la Loi: Tu cesseras de former avec elle la fusion mortifère, car être dans la fusion totale c’est mourir en tant qu’être distinct. Père qui n’a pas, comme elle ma mère, ce corps tout plein, d’être non refermé sur lui-même esquissant pour moi la dimension indéfinie de… l’infinitude. D’où seule peut venir la félicité. Il a ce corps fait de pics, hérissé et fermé sur lui-même avec lequel il entre de plein pied dans le monde. C’est par lui que l’impossibilité intrinsèque de la Jouissance est devenue autre chose, a pris une autre coloration. S’est dressée en Interdit. La vie devait se poursuivre et pour cela, il fallait frayer avec ces corps fermés: oublier la magique infinitude maternelle.
L’impossibilité foncière, tragique, est alors devenue… l’interdit.

Merveille que l’interdit! Qui fait croire que la chose serait possible, d’autant plus possible qu’elle est interdite. Si elle est interdite c’est qu’elle existe, qu’elle pourrait sans cela s’éprouver. Illusion suprême. Cette illusion suprême est le ressort secret de la subversion. Ce qui renverse son schéma conventionnel. Car si le désir est subversif, ce n’est aucunement pour la raison entendue d’habitude: soi-disant aller contre la Loi, l’ordre établi. Au contraire, le désir EST la subversion en ce qu’il érige la Loi. C’est pourquoi aller contre quelque chose, la fait exister encore plus pleinement… Si je ne peux pas vivre, c’est-à-dire mourir, dans l’amalgame parfait où je me dilue, je ne vais avoir de cesse de tenter d’atteindre tout de même des êtres et des choses qui pourront peu ou prou par éclats m’y faire goûter tout en m’en détournant.

 Mais je ne devrais pas oublier, et qui pourtant s’oublie si vite, l’entière tragédie. Qui est justement que ce même Désir, créateur de la subversion, est cela même qui me barre la Jouissance. Par définition.
Pourquoi alors croire à la loi du père, avec son interdit qui n’est qu’une mascarade? Mascarade de l’impossibilité quasi-naturelle de la Jouissance. La petite rebelle en moi, n’ayant pas oublié son passé —avant le temps— de nageuse lui rappelant sans cesse que la subversion n’est qu’un tour de passe-passe, crache sur le subversif. Pour accueillir autre chose, la passion. Qui dit un oui plein à la tragédie. Perverse, femme de passion. Quelque chose en mon être a pris la Loi dans son moteur agissant, la punition, pour retourner celle-ci en son contraire. Et la punition, qui dans l’ordre établi est sanction de la Loi, devient condition de la Jouissance. La subversion se retourne sur elle-même, en quoi elle se démonte. La Loi est dévissée à la base. Et tout se renverse. Dès lors la symbiose n’est plus primitive mais à venir. Elle est à créer. La mère est à créer, c’est elle qui est la Loi. C’est elle qui bat ou qui se fait battre, qu’importe? Se mélangent ceux qui tiennent les différents rôles puisque est démontée la subversion, elle qui ordonne de se ranger dans l’ordre du désir qui détourne des eaux essentielles. Comme elle est démontée, tout alors peut circuler librement. Les corps s’échangent. Dans la passion…