in ZOO, White Rabbit Prod, « Pool of Tears »
oeuvres de Anne van der Linden exposées  à la galerie Corinne Bonnet, Paris

J’aime les fleurs et Anne van der Linden. Les deux sphères me sont aussi mystérieuses et réconfortantes l’une que l’autre. Une fois qu’on a goûté au charme puissant des fleurs et de l’art van der Linden, on ne peut plus s’en passer. Que font les fleurs et cet art sinon vous retourner comme un gant ? Leur pouvoir d’éternité tient dans l’éphémère. La puissance de leur beauté vient de leur fragilité. Peu d’œuvres au monde, qu’elles soient le fruit de la nature ou de l’artefact, sont aussi délicates et complexes que les images signées van der Linden.

On la dit fée ou bien sorcière ; ce qui quelque part revient au même assurément. Si, de par sa nature biologique, on la voyait homme, la traiteront-on de sorcier ou de magicien ? J’en doute fort… Ce qui veut dire sans doute qu’elle n’est ni l’une ni l’autre. Anne van der Linden, dans le fond si elle dérange, c’est qu’elle ne peut pas se qualifier. Ses images viennent du plus profond de la Terre et de l’au-delà.

Dans le fond si elle dérange, c’est que ses créatures ont un fort pouvoir de fascination. Et je ne peux que tomber en pâmoison quand je vois ses personnages dévastés et surélevés dans le même moment. Traversés par des forces vitales et mortelles qui les dépassent, c’est un peu comme s’ils n’en étaient plus que les instruments. Ces instruments, devant nos yeux, donnent couleur et forme aux pulsions et aux courants qui façonnent les vies, les parcours et les mondes…

Pourquoi je peux me reconnaître dans un animal qu’elle a créé ? Pourquoi en revanche ce sentiment un peu d’étrangeté devant cette femme peinte qui pourtant de façon criante ne peut être que moi ? Dans le creux de mon oreille interne, elle me signifie que je suis vivante et qu’un jour très lointain je vais mourir. Cette mort est endormie, apaisante. Quand les fleurs se fanent, elles vivent encore. C’est juste qu’elles changent d’aspect et de nom.

C’est une mythologie contemporaine, de montrer le vrai réel de maintenant. En cela, ces images ne pourront jamais s’éteindre, fleurs qui ne se faneront pas… Des déesses, des dieux et des fleurs.

Tout est possible, me dit l’art van der Linden, parce que tout aurait pu être autrement. Si par sa grâce tout est possible, c’est qu’elle a pris pour nous à bras le corps les forces quelles qu’elles soient, les bienfaisantes et les nuisibles, qu’elle les mélange et les sublime dans le divin renversement. C’est qu’avec elle, la vie nous dépasse de toutes parts mais qu’il faut vouloir l’étreindre quand même. Quand les puissances nous transpercent, on les devient… Comme les fleurs pour un temps qui s’éclate alors lui-même et me plonge dans l’intensité cruelle du présent. Qui bien sûr, vous l’aurez saisi, ne peut être qu’au-delà…