Catégorie : Virginité

Le Cercle de Minuit

6 février 1996

Invitée de l’émission ayant pour thème : « Le Retour d’Eros » avec Jean-Jacques Pauvert, Mathias Pauvert  et Annie Le Brun.

Ecrivains

Avril-Mai 1996

Trois livres. Le Majordome publié en 1991. L’Infante, 1992. Virginité, 1996. Les deux premiers chez Belfond, le troisième à l’enseigne bienvenue de Sortilèges. Des origines italiennes, passées par Nice, des études de lettres, puis Paris et l’écriture qui efface toute biographie. Frederika Abbate est un écrivain rare, totalement engagé dans la fondation d’une oeuvre, acharné à aiguiser des phrases précises, de livre en livre insistant sur une même histoire de sexe, comme redisant (non sans écarts) un même conte érotique. Le pornographe, d’abord, en a pour son compte, dans les situations qui illustrent un bel éventail de fantasmes et dans le langage qui ne se paye pas de circonlocutions pour nommer un chat un chat. Parler ici de pornographie n’est certes pas un reproche, quoique étymologiquement le mot évoque la prostitution; l’obscénité, qui en est le sens dérivé, est bien le ressort d’une oeuvre qui « blesse délibérément la pudeur » (Petit Robert), d’une fabuleuse trilogie de la copulation. Cela ne serait pas grand chose si ce n’était que complaisance salace (et je ne suis pas sûr qu’ici la lecture émoustille). Il y a belle lurette que la transgression est édulcorée. L’important c’est que l’audace de ce qui est dit prend la forme d’un texte remarquablement maîtrisé, dense, dans lequel s’impose une écriture incisive. La littérature érotique est, le plus souvent, crue dans la faiblesse littéraire ou bien sophistiquée dans les atours baroques. Quant elle n’est pas métaphysique ou théologique, comme si le sexe n’allait pas sans Dieu ou sans philosophie. Frederika Abbate prend sa place dans le genre avec une rigueur extrême, une froideur objective, une tension de la langue qui signalent peut-être un autre âge de cette littérature, quand il n’y a plus guère de provocation (ou presque) à faire s’enfiler allègrement par divers orifices, homos ou hétérosexuels, des personnages qui ne semblent avoir aucun autre souci. Bataille, douloureusement, après la mort de Dieu, sacrait l’excès. Mandiargues narrait les délices d’une utopie de la volupté. Klossowski dresse le monument d’une formidable perversion papiste. Abbate, elle, lève froidement, avec la dignité d’un Gombrowicz, le rideau sur le spectacle de l’amour qui est désir et cruauté, aventure du corps qui n’en finit pas de jouir de lui-même. Et, donc, aventure de l’esprit qui jouit d’être un corps, et de se voir en un corps jouissant. Alice est vierge et mère. Elle engendre Benjamin Benjamin. Le domestique Aimé est l’humble servant d’un rituel amoureux. Le docteur Naussans est acteur et témoin. Blandine est la soeur de Benjamin Benjamin, la fille adoptive d’urbana, la femme de Gabin Mardoll, la mère d’Antonin. Jozef Mauvert est le premier vainqueur du tournoi d’amour. D’autres jeunes gens, d’autres jeunes filles participent au grand jeu du sexe toujours recommencé, qui est notre seule éternité, du moins jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais ne racontons pas. Disons que Frederika Abbate jubile, et nous avec. Elle aura bientôt ses fans, pour qui ces trois ouvrages (et d’autres?) n’en feront qu’un, le superbe livre-culte du plus pur Eros.

Gilles Plazy

L’Express/Weekend

Février 1996

Elle signe son troisième roman érotique en autant de publications et instaure à son bénéfice, avec le texte, une relation dominante/dominé
Ce livre: le changement dans la continuité?
– Je n’envisage pas la narration romanesque autrement que sous l’angle érotique. Cette optique s’allie parfaitement à l’écriture qui est scalpel pour dénuder la réalité. L’écriture érotique permet une description épurée de l’agir humain pris hors des accessoires et des contingences qui, habituellement, le masquent, l’édulcorent, l’aseptisent et le planifient. Quant au changement, il est dû à la recherche qui se poursuit, qui s’est nourrie.
Une protagoniste se prénomme Violette; vous évoquez les couleurs, les odeurs. Le lecteur visite-t-il votre jardin secret?
– Bien sûr que le lecteur visite mon jardin secret. Ecrire, c’est se dévoiler, faire apparaître ce que soi-même on ne connaissait pas encore de soi. Le roman ne dévoile pas des choses vécues et connues auparavant puisque c’est par lui que les choses sont vécues et portées au jour. Si on ne se dévoilait pas en écrivant, ce ne serait pas la peine d’écrire.

La Nouvelle Gazette

Février 1996

Ce roman est un tournoi d’amour: le vainqueur remporte une femme et se devra de l’aimer, en respectant la règle.
Cette règle est contrôlée par l’énigmatique Saute-Ruisseau, qui a été élu par les vaincus. Mais les vaincus le sont-ils vraiment, dans la mesure où is peuvent, à un moment donné, devenir vainqueurs?
Un roman érotique où le sexe est omniprésent, où l’amour se fait sans retenue, sans limite et sans fin. Mais au-delà de cette apparence, un roman animé par un thème secret: le langage.
Le titre du roman n’est pas si paradoxal qu’il paraît: dans l’univers de Frederika Abbate, les personnages vivent sans entraves, sans aucune culpabilité morale, sans la plus fraîche innocence.

La Tribune

Mai 1996

Frederika Abbate signe son troisième roman. Elle démontre une belle maîtrise du langage, une subtile imagination et les respect des caractéristique du genre: rituel, mise en scène, règles contraignantes mais libre choix des partenaires avec pour unique objet la domination érotique. Forte personnalité d’auteur qui entre avec aisance dans un monde clos par sa logique interne morbide. Elégance baroque d’un des grands auteurs érotiques du moment.

Aurore Bonnel

Domina

Septembre 1996

C’est un genre, Frederika Abbate avec ce troisième roman, Virginité, donne dans le roman de soumission raffinée, tendance esthétisante. Un collège de joueurs extrêmement sophistiqués sont entraînés aux extrêmes du jeu. L’amour immense de deux membres de cette confrérie hors du temps et des lieux les poussent inexorablement vers la mort. Le tout est très délicat, très précieux, sur le modèle de Huysmans dans sa période des Esseintes (pour les non férus de littérature du XIXème siècle, c’est le héros de A Rebours, archétype de la période symboliste; mais en version libérée des contraintes sociales, ce qui permet d’appeler un chat un chat, un sexe. C’est un peu fastidieux mais bien fait, avec un vrai travail de progression et un souci de narration tout à fait honorable. On recommandera l’ouvrage à des gens subtils.